Moi, Miss Fanny, mémoire du Muséum

Article rédigé début 2012, avant le déménagement de Miss Fanny, l’éléphante du Muséum d’Histoire naturelle de Bordeaux, où j’ai fait un stage en 2011. Réalisé à partir d’une rencontre avec Matthieu Laudreau (responsable conservation des collections).

Le Muséum d’Histoire naturelle de Bordeaux est en rénovation depuis 2008. Pas facile de tout comprendre à ce remue-ménage, surtout quand on est un éléphant…

Ça bouge au Muséum d’Histoire naturelle, que j’habite maintenant depuis plus d’un siècle. Je suis Miss Fanny, l’éléphante d’Asie qui trône dans le hall d’entrée. J’en ai vue des choses, depuis tout ce temps, mais dernièrement, on parle de déménagement, de rénovation, de modernisation du Muséum… J’essaie de comprendre, mais empaillée… pardon, naturalisée que je suis, je ne peux me fier qu’aux bruits de couloir, ou aux petits secrets qu’on me livre parfois. C’est vrai, je prête souvent mes grandes oreilles aux confidences des uns et des autres. Parmi tous, un qui m’en apprend pas mal, c’est Matthieu Landreau, que je vois se balader ici depuis une dizaine d’années. D’après ce que j’ai compris, il s’occupe de la conservation des collections, depuis quatre ou cinq ans. Et ce n’est pas facile, de conserver tous ces spécimens ! Il m’a un peu expliqué qu’il faut faire attention au taux d’humidité, à la température, qui doivent être constants, aux rayons lumineux, pas trop forts. Les insectes aussi, comme les anthrènes, nous menacent, car ils nous trouvent délicieux… Eh oui, moi et mes congénères sommes avant tout de la matière organique, de la peau, soutenue le plus souvent par du bois. Nous risquons donc à tout moment de nous désagréger, et nous serions perdus pour toujours, nous qui sommes parfois les seuls restes d’espèces disparues…

 Source photo

Source photo

Personnellement, je suis toujours restée dans ce hall, mais concernant mes collègues, ils ont jusqu’ici été exposés et conservés dans des conditions pas toujours idéales. Il n’y avait pas de fenêtre anti-UV, et même, au deuxième étage du Muséum, il y avait une verrière au plafond… Que ce soit ici ou aux réserves des Chartrons, on ne pouvait pas maintenir de bonnes conditions de conservation. Alors on faisait comme on pouvait, on mettait des filtres aux fenêtres, on faisait des traitements fumigènes contre les insectes… Là, d’après ce que je vois, ils ont commencé des travaux, et puis j’ai entendu dire qu’il y avait de nouvelles réserves de construites, à coté du pont d’Aquitaine. Une vraie forteresse climatisée, apparemment. Matthieu m’a dit que comme tous les spécimens, avant d’y entrer, on me passerait dans une chambre froide à -30°C pendant 48h. Ça va les calmer, les parasites ! Normalement, pas un n’y survivra. Et puis, pour les spécimens abîmés, des restaurations seront faites aussi.

Mais moi, ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas tant les traitements qu’on me fera subir là-bas que la façon dont je vais y être emmenée… J’ai vu tous mes collègues partir, suivant un programme établi : d’abord les oiseaux du deuxième étage, qu’on a enveloppé dans des papillotes de soie, puis qu’on a mis dans des cartons remplis de copeaux de maïs soufflés. Ensuite, les mammifères du premier étage, plus compliqués à emballer, car souvent naturalisés en position naturelle. Il a donc fallu faire des calages en mousse sur-mesure, s’il vous plaît ! Pour certains fossiles, je les ai vu en baver ! Comme ce bénitier, un gros coquillage : il s’y sont mis à six pour le descendre, et croyez-moi, il avait l’air de peser son poids, l’engin ! Il y a aussi eu des déménagements spéciaux, comme celui du squelette de la baleine… Mais pour moi, comment vont-ils faire ? Parce que je suis volumineuse, et je pèse près de deux tonnes… Je me souviens l’événement que ça avait été quand on m’a fait entrer ici, en 1892… On avait même démonté la porte du Jardin public ! Je les ai entendu dire qu’ils devront faire passer un bras mécanique par une fenêtre (qu’il va falloir casser car elle ne s’ouvre pas), pour me soulever et me mettre sur des roulettes, démonter le sas de la porte, pour que je puisse sortir… Mais que voulez-vous, il faut ce qu’il faut !

En ce moment, tous les Muséums font des rénovations. Et tous ont des retards, tous rencontrent des difficultés imprévues, et mettent environ dix ans à mener le projet à bien. Nous, on a fermé en 2008. On devait rouvrir en 2012, mais bon, là officiellement, c’est 2014. Moi, dans les couloirs, j’ai entendu 2018, mais vous savez, un éléphant, ça peut se tromper…

Publicités

Un commentaire sur “Moi, Miss Fanny, mémoire du Muséum

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s